Comment appliquer les principes de l’économie circulaire dans une entreprise technologique ?

# Comment appliquer les principes de l’économie circulaire dans une entreprise technologique ?

Le secteur technologique se trouve à un carrefour déterminant. Alors que la transformation numérique accélère dans tous les domaines économiques, l’empreinte écologique de l’industrie tech continue de croître de manière exponentielle. Les équipements électroniques contiennent des matières premières critiques dont l’extraction génère des impacts environnementaux considérables, tandis que les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) s’accumulent à un rythme alarmant de 50 millions de tonnes annuelles dans le monde. Face à cette réalité, l’adoption des principes de l’économie circulaire n’est plus une option pour les entreprises technologiques : c’est une nécessité stratégique qui conjugue responsabilité environnementale et opportunités économiques. La circularité dans le secteur tech implique une refonte complète des modèles de conception, de production, de distribution et de gestion en fin de vie des produits numériques.

Diagnostic de flux matériels et analyse du cycle de vie produit dans l’IT

Avant d’engager toute démarche circulaire, une entreprise technologique doit établir un diagnostic précis de ses flux matériels actuels. Cette cartographie constitue le socle indispensable pour identifier les leviers d’action prioritaires et mesurer les progrès réalisés. L’approche méthodique commence par une compréhension approfondie des matières utilisées, de leur provenance, de leur transformation et de leur devenir en fin de vie. Cette étape permet d’objectiver les enjeux et de prioriser les actions selon leur impact potentiel sur la circularité globale de votre organisation.

Cartographie des matières premières critiques : terres rares, cobalt et lithium

Les équipements électroniques mobilisent une soixantaine de matières différentes, dont plusieurs sont classées comme critiques par l’Union européenne en raison de leur rareté géologique et de leur concentration géographique. Le néodyme et le dysprosium, utilisés dans les aimants permanents, proviennent à 90% de Chine. Le cobalt, essentiel aux batteries lithium-ion, est extrait à 70% en République démocratique du Congo dans des conditions souvent problématiques. Le lithium connaît une tension croissante avec une demande qui pourrait être multipliée par 40 d’ici 2040. Cette cartographie doit inclure les quantités exactes utilisées dans chaque gamme de produits, les fournisseurs de premier et second rang, ainsi que les alternatives possibles. Certaines entreprises développent désormais des « passeports matières » numériques qui tracent l’origine et la composition précise de chaque composant, facilitant ainsi le recyclage ultérieur et la récupération de ces ressources stratégiques.

Méthodologie ACV selon ISO 14040 appliquée aux équipements électroniques

L’Analyse du Cycle de Vie (ACV) selon la norme ISO 14040 constitue l’outil méthodologique de référence pour évaluer les impacts environnementaux d’un produit ou service sur l’ensemble de son existence. Pour un smartphone par exemple, l’ACV révèle que 75% de l’empreinte carbone totale provient de la phase de fabrication, contre seulement 15% pour l’utilisation et 10% pour la fin de vie. Cette méthodologie examine quatre phases distinctes : l’extraction des matières premières, la fabrication, l’utilisation et la fin de vie. Elle quantifie jusqu’à seize catégories d’impacts environnementaux, incluant le changement climatique, l’épuisement des ressources abiotiques, l’eutrophisation ou encore la toxicité humaine. L’application rigoureuse de cette norme permet

de comparer différents scénarios de conception, de fabrication ou de fin de vie, et d’identifier les « hotspots » sur lesquels concentrer vos efforts. En pratique, vous pouvez par exemple opposer un scénario de remplacement tous les deux ans à un scénario de prolongation à quatre ans, ou comparer un serveur on-premise à une infrastructure cloud. L’ACV devient ainsi un outil d’aide à la décision pour orienter vos roadmaps produits, vos choix d’architecture IT et vos priorités d’investissement dans l’économie circulaire.

Audit des déchets électroniques DEEE et taux de valorisation matière

En parallèle de l’ACV, un audit précis de vos déchets électroniques (DEEE) est indispensable pour mesurer votre dépendance au modèle linéaire « produire – consommer – jeter ». Il s’agit d’identifier les volumes d’équipements mis au rebut chaque année (PC, smartphones, serveurs, équipements réseau), leurs canaux de sortie (don, revente, recyclage, destruction) et les taux de valorisation matière réellement atteints. En Europe, moins de 40 % des DEEE sont officiellement collectés et recyclés, ce qui montre l’ampleur du gisement encore perdu pour la circularité.

Un bon audit DEEE repose sur un inventaire consolidé, croisé avec vos données achats et vos contrats de maintenance. Vous pouvez vous appuyer sur vos prestataires de collecte agréés pour obtenir des bilans matière : pourcentage de métaux, plastiques, cartes électroniques effectivement recyclés ou valorisés énergétiquement. L’objectif est de passer d’une logique purement réglementaire (respect des obligations DEEE) à une logique de pilotage : quel pourcentage de vos équipements IT suit aujourd’hui une filière de recyclage de haute qualité, et comment augmenter ce taux de valorisation matière d’année en année ?

Identification des gisements de réemploi dans le parc informatique existant

Avant même de penser recyclage, l’économie circulaire dans une entreprise technologique commence par le réemploi de ce qui existe déjà. Combien de postes de travail, écrans, docks, smartphones ou tablettes dorment dans des armoires, alors qu’ils pourraient être réutilisés pour des usages moins exigeants ? Un diagnostic de votre parc informatique permet de distinguer les équipements obsolètes pour certains profils mais encore parfaitement adaptés pour d’autres. C’est la base d’une stratégie de « seconde vie » interne.

Concrètement, vous pouvez catégoriser vos actifs IT par génération, configuration technique et état fonctionnel afin de définir des scénarios de réaffectation (par exemple, recycler des laptops haut de gamme en postes bureautiques). Certaines organisations vont plus loin en mettant en place des « re-use hubs » internes, gérés par l’IT ou la direction immobilière, où les collaborateurs peuvent demander du matériel reconditionné plutôt que neuf. À la clé : une réduction directe des achats de nouveaux équipements, une baisse de l’empreinte carbone et une optimisation du budget IT sans dégrader l’expérience utilisateur.

Stratégies de conception modulaire et écoconception des produits tech

Une fois les flux matériels diagnostiqués, la deuxième étape consiste à agir en amont, au niveau de la conception des produits et solutions numériques. Pour une entreprise technologique, intégrer l’écoconception et la modularité, c’est accepter que la durabilité ne soit plus un « plus » mais un critère central au même titre que la performance ou la sécurité. Comment concevoir des smartphones, des objets connectés ou des serveurs qui durent plus longtemps, se réparent plus facilement et se démontent sans perte de valeur matière ?

Architecture hardware évolutive : exemple du fairphone et du framework laptop

Les exemples du Fairphone et du Framework Laptop illustrent concrètement ce qu’est une architecture hardware réellement évolutive. Ces produits sont composés de modules distincts (batterie, caméra, ports, mémoire, carte mère) que l’utilisateur ou un technicien peut remplacer en quelques minutes avec un simple tournevis. Plutôt que de racheter un appareil complet, on ne remplace que le composant défaillant ou obsolète, ce qui prolonge drastiquement la durée de vie du produit et réduit l’empreinte carbone associée.

Pour une entreprise technologique, s’inspirer de ces modèles signifie repenser la conception physique dès le cahier des charges : séparer les fonctions critiques, prévoir des espaces d’évolution (slots, ports modulaires), choisir des connecteurs standards et documenter chaque module. Cela facilite non seulement la maintenance, mais aussi le reconditionnement et la mise à niveau en entreprise cliente. Une architecture hardware évolutive devient un argument commercial solide, surtout auprès des organisations engagées dans la RSE et l’économie circulaire.

Standardisation des composants et interopérabilité des pièces détachées

La standardisation des composants est un levier puissant mais souvent sous-estimé pour l’économie circulaire dans la tech. Plus vos produits reposent sur des pièces détachées communes entre plusieurs gammes ou générations, plus le réemploi et la réparation deviennent simples et économiques. À l’inverse, la multiplication de références propriétaires rend rapidement le parc ingérable, tant pour vous que pour vos clients et partenaires de maintenance.

Concrètement, il s’agit de définir des familles de composants (écrans, claviers, batteries, ventilateurs, disques) qui pourront être utilisées sur plusieurs modèles, voire plusieurs lignes de produits. Cette interopérabilité permet de constituer des stocks de pièces détachées mutualisés, issus parfois du démontage d’équipements en fin de première vie. C’est un peu l’équivalent, pour le hardware, des bibliothèques logicielles réutilisables : plus vous mutualisez, moins vous gaspillez, et plus vous créez de la valeur sur le long terme.

Score de réparabilité selon l’indice français et directive européenne

En France, l’indice de réparabilité et les futures obligations européennes en matière de « droit à la réparation » changent progressivement la donne pour les fabricants de produits électroniques. Cet indice, affiché sur certains équipements (smartphones, laptops, téléviseurs…), évalue la facilité à réparer un produit selon plusieurs critères : disponibilité des pièces détachées, documentation technique, démontabilité, prix des composants, etc. Pour une entreprise technologique, viser un score élevé devient à la fois une contrainte et une formidable opportunité de se différencier.

Intégrer cet indice dès la phase de conception, c’est vous poser des questions simples mais structurantes : vos pièces seront-elles disponibles pendant cinq, sept ou dix ans ? Vos manuels de réparation seront-ils accessibles aux réparateurs tiers ? Le démontage d’un écran ou le changement d’une batterie sont-ils réalisables sans outillage spécialisé ? En travaillant ces dimensions en amont, vous améliorez votre score de réparabilité, anticipez la réglementation et renforcez la confiance de vos clients qui voient dans vos produits des investissements durables plutôt que des consommables.

Design for disassembly et assemblage réversible sans soudure

Le design for disassembly (conception pour le démontage) est au cœur de l’économie circulaire appliquée au matériel IT. L’idée est simple : si un produit a été facile à assembler, il doit être tout aussi facile à démonter en fin de vie ou pour réparation. En pratique, cela suppose de limiter le recours aux colles permanentes, de privilégier les fixations mécaniques réversibles (clips, vis) et d’organiser les composants pour faciliter leur séparation par familles de matériaux.

Un exemple concret : remplacer une batterie collée par une batterie vissée réduit de quelques minutes le temps de réparation, mais change tout en termes de viabilité économique du service après-vente et du reconditionnement. De même, grouper les plastiques d’un même type et éviter les assemblages composites complexes permet un recyclage de meilleure qualité. On peut comparer le design for disassembly au fait de trier ses ingrédients avant de cuisiner : plus tout est organisé et simple à séparer, plus vous gagnez en efficacité à chaque étape du cycle de vie.

Modèles économiques circulaires : Product-as-a-Service et reconditionnement

Adopter l’économie circulaire dans une entreprise technologique ne se limite pas au design produit. Il s’agit aussi de transformer le modèle économique lui-même. Plutôt que de vendre uniquement des équipements, pourquoi ne pas vendre un service d’usage, de disponibilité ou de performance ? C’est la logique du Product-as-a-Service (PaaS) et du reconditionnement, qui permet de créer de la valeur tout au long de la vie des actifs IT, et pas uniquement au moment de la première vente.

Déploiement du leasing opérationnel et contrats de performance utilisateur

Le leasing opérationnel permet à vos clients de payer un abonnement pour l’usage d’un équipement plutôt que de l’acheter. Du point de vue de l’économie circulaire, c’est un changement majeur : vous restez propriétaire de vos produits, ce qui vous incite à les rendre durables, réparables et facilement reconditionnables. Vous avez ainsi tout intérêt à optimiser la durée de vie totale de chaque actif, à prévoir plusieurs cycles de location et à récupérer systématiquement les équipements en fin de contrat.

Les contrats de performance utilisateur vont encore plus loin en liant la facturation à un niveau de service (disponibilité, puissance, capacité) plutôt qu’à un simple volume d’équipements déployés. Pour une entreprise technologique, cela implique de mettre en place des outils de suivi à distance, de maintenance prédictive et de gestion de parc. Mais l’avantage est double : vous fidélisez vos clients par un service à haute valeur ajoutée, et vous gardez le contrôle sur le cycle de vie complet des équipements, ce qui facilite le reconditionnement, le réemploi et, en ultime recours, le recyclage.

Filières de reconditionnement certifiées : back market et recommerce

Le reconditionnement est un pilier clé de l’économie circulaire dans la tech. Des plateformes comme Back Market ou Recommerce ont structuré des filières industrielles qui permettent de remettre sur le marché des smartphones, tablettes, PC et autres équipements avec des garanties de qualité et de performance. Pour une entreprise technologique, ces acteurs peuvent devenir des partenaires stratégiques, soit pour revendre vos retours produits, soit pour créer des gammes reconditionnées sous votre propre marque.

Collaborer avec des filières certifiées vous offre plusieurs avantages : maîtrise de la qualité des opérations, traçabilité des composants remplacés, conformité aux réglementations DEEE et aux exigences de sécurité des données. Vous pouvez par exemple définir des critères de remise à niveau (changement systématique de batterie au-delà d’un certain nombre de cycles, tests de charge, effacement certifié des données) et les intégrer dans vos offres commerciales. Ainsi, le reconditionné n’est plus un canal parallèle difficile à contrôler, mais une extension cohérente de votre stratégie d’économie circulaire.

Reverse logistics et plateforme de récupération des actifs IT

Pour que le leasing, le reconditionnement et le réemploi fonctionnent à grande échelle, il est indispensable de maîtriser la reverse logistics, c’est-à-dire les flux de retour des équipements depuis vos clients vers vos centres de traitement. Sans cette brique logistique, même la meilleure stratégie circulaire reste théorique. La mise en place d’une plateforme de récupération des actifs IT permet de centraliser les demandes de reprise, d’organiser les enlèvements et de suivre chaque appareil tout au long de son parcours.

Dans la pratique, cela peut prendre la forme d’un portail en ligne où vos clients déclarent les équipements à retourner, choisissent un mode de collecte (point relais, enlèvement sur site) et suivent le statut (réception, audit, reconditionnement, recyclage). Ce système s’apparente à un « système nerveux » de votre économie circulaire : il connecte les utilisateurs finaux, la logistique, les équipes de reconditionnement et les recycleurs, en s’appuyant sur les données pour optimiser les flux et limiter les transports inutiles. Plus la reverse logistics est fluide, plus vous pouvez augmenter vos taux de reprise et donc votre circularité réelle.

Infrastructure cloud responsable et optimisation énergétique des datacenters

Si votre entreprise technologique opère des datacenters ou conçoit des services cloud, l’économie circulaire passe aussi par une gestion responsable de l’infrastructure numérique. Les serveurs, systèmes de refroidissement et réseaux consomment une quantité importante d’énergie et de matières premières. Optimiser ces ressources, c’est à la fois réduire vos coûts d’exploitation et votre empreinte environnementale. Comment faire pour concilier performance, disponibilité et sobriété ?

PUE et indicateurs d’efficacité énergétique des serveurs

Le Power Usage Effectiveness (PUE) est l’indicateur de référence pour mesurer l’efficacité énergétique d’un datacenter. Il se calcule en divisant la consommation totale du site (électricité pour le refroidissement, l’éclairage, les auxiliaires) par la seule consommation des équipements IT. Plus le PUE se rapproche de 1, plus l’énergie est utilisée efficacement au bénéfice des serveurs et moins pour les pertes et auxiliaires. Les meilleurs datacenters hyperscale atteignent aujourd’hui des PUE proches de 1,1, quand la moyenne mondiale reste autour de 1,6.

Pour une entreprise technologique, suivre régulièrement le PUE et d’autres indicateurs (taux d’utilisation CPU, densité de puissance par rack, consommation par service ou client) permet d’identifier les marges de progrès. Vous pouvez par exemple mutualiser des charges de travail sous-utilisées, rationaliser les environnements de test ou éteindre les serveurs « zombies » qui consomment sans fournir de service réel. L’économie circulaire appliquée au cloud, c’est aussi cela : faire en sorte que chaque watt consommé produise le maximum de valeur utile.

Refroidissement liquide et free cooling pour réduction carbone

Le refroidissement des serveurs représente une part significative de la consommation énergétique d’un datacenter. Les technologies de refroidissement liquide (direct-to-chip, immersion) et de free cooling (utilisation de l’air extérieur) offrent des pistes concrètes pour réduire cet impact. Le refroidissement liquide permet d’évacuer la chaleur au plus près des composants, avec des températures de fonctionnement plus élevées et donc des systèmes de climatisation moins énergivores. Le free cooling, quant à lui, exploite les conditions climatiques locales pour limiter le recours aux compresseurs traditionnels.

Adopter ces solutions demande des investissements initiaux, mais le retour sur investissement peut être rapide, surtout compte tenu de la hausse des prix de l’énergie et des exigences réglementaires sur le bilan carbone. Vous pouvez envisager une approche progressive : commencer par tester le refroidissement liquide sur des racks très denses ou des environnements de calcul intensif, puis étendre la technologie en fonction des résultats. Là encore, la logique est circulaire : moins vous consommez d’énergie pour refroidir, plus vous pouvez réinvestir ces ressources dans l’innovation et la qualité de service.

Virtualisation avancée et conteneurisation avec kubernetes pour mutualisation

Sur le plan logiciel, la virtualisation avancée et la conteneurisation (par exemple avec Kubernetes) sont des leviers majeurs pour une infrastructure cloud responsable. En mutualisant plusieurs applications sur un même serveur physique, vous augmentez les taux d’utilisation des ressources (CPU, mémoire, stockage) et réduisez le nombre de machines nécessaires pour fournir un même service. C’est l’équivalent numérique du covoiturage : au lieu de multiplier les véhicules à moitié vides, vous remplissez au mieux chaque « siège » disponible.

Pour une entreprise technologique, optimiser l’orchestration des conteneurs, automatiser le scaling à la demande et revoir l’architecture des microservices permet de diminuer l’empreinte énergétique par unité de service rendu (par requête, transaction ou utilisateur actif). Vous pouvez même intégrer des signaux environnementaux dans vos algorithmes d’orchestration, en déplaçant certaines charges vers des datacenters alimentés en énergies renouvelables ou moins carbonés. L’économie circulaire dans le cloud, c’est donc une combinaison subtile de hardware efficient et de software intelligent.

Chaîne d’approvisionnement circulaire et traçabilité blockchain

Les principes de l’économie circulaire ne s’arrêtent pas aux frontières de votre entreprise technologique. Ils s’étendent à l’ensemble de votre chaîne d’approvisionnement : fournisseurs de composants, assembleurs, logisticiens, prestataires de recyclage. Pour piloter cette complexité, la traçabilité devient un enjeu central. Comment s’assurer que les matériaux recyclés annoncés le sont réellement ? Comment vérifier les conditions d’extraction ou de production ? C’est ici que des approches comme la blockchain et les certifications entrent en jeu.

Certification B corp et labels cradle to cradle pour composants électroniques

Les certifications B Corp et les labels Cradle to Cradle constituent des repères utiles pour structurer une chaîne d’approvisionnement réellement circulaire. B Corp évalue l’impact global de l’entreprise (gouvernance, environnement, social), tandis que Cradle to Cradle se concentre sur la circularité des produits eux-mêmes : composition sûre des matériaux, recyclabilité, gestion de l’eau et de l’énergie, équité sociale. Pour des composants électroniques, un label Cradle to Cradle atteste par exemple que certaines substances dangereuses ont été évitées et que le produit a été pensé pour être recyclé ou réutilisé.

En tant qu’entreprise technologique, vous pouvez intégrer ces exigences dans vos cahiers des charges fournisseurs et privilégier les partenaires engagés dans ces démarches. Cette sélection rigoureuse crée un effet d’entraînement sur votre écosystème et renforce la crédibilité de votre propre stratégie d’économie circulaire. De plus en plus de clients institutionnels ou grands comptes intègrent d’ailleurs ces labels dans leurs critères d’achat, ce qui en fait aussi un avantage concurrentiel tangible.

Smart contracts pour traçabilité des matériaux recyclés

La blockchain et les smart contracts offrent de nouvelles possibilités pour tracer de bout en bout les matériaux recyclés utilisés dans vos produits tech. Imaginez un « passeport numérique » attaché à chaque lot de matières recyclées (aluminium, cuivre, plastiques techniques) qui enregistre automatiquement les informations clés : origine, taux de matière recyclée, processus suivi, audits réalisés. Ce passeport, stocké de manière sécurisée sur une blockchain, devient une preuve infalsifiable pour vos clients, vos auditeurs et les autorités réglementaires.

Les smart contracts peuvent, par exemple, déclencher automatiquement des paiements ou des bonus lorsque certaines conditions de circularité sont remplies (taux minimal de contenu recyclé, respect des délais de collecte, taux de retour d’équipements). Ce fonctionnement rappelle un peu un thermostat intelligent : vous définissez des seuils et des règles, puis le système ajuste et déclenche les actions sans intervention manuelle. Pour une entreprise technologique, ces outils facilitent la collaboration avec de multiples acteurs tout en garantissant la transparence et la confiance nécessaires à une économie circulaire à grande échelle.

Partenariats avec recycleurs certifiés R2 et e-stewards

En fin de chaîne, la qualité du recyclage dépend en grande partie des partenaires que vous choisissez. Les certifications R2 et e-Stewards encadrent les bonnes pratiques de recyclage des équipements électroniques : gestion responsable des substances dangereuses, interdiction d’export illégal de déchets, protection des données, conditions de travail décentes. Collaborer avec des recycleurs certifiés, c’est vous assurer que vos DEEE ne finiront pas dans des décharges à ciel ouvert ou des filières informelles, avec tous les risques sociaux et environnementaux que cela implique.

Dans une approche d’économie circulaire, ces partenariats ne se limitent pas à la fin de vie. Vous pouvez co-construire des boucles de retour de matières premières secondaires (métaux, plastiques, verres techniques) pour les réinjecter ensuite dans vos propres chaînes de production, lorsque c’est techniquement possible. En fermant ainsi la boucle, vous réduisez votre dépendance aux matières premières vierges, vous sécurisez vos approvisionnements et vous contribuez à une utilisation plus soutenable des ressources à l’échelle du secteur.

Gouvernance circulaire et pilotage par indicateurs ESG tech-spécifiques

Mettre en place l’économie circulaire dans une entreprise technologique ne peut pas reposer uniquement sur quelques projets pilotes ou sur la bonne volonté de certaines équipes. Il faut une gouvernance circulaire claire, des responsabilités identifiées et des indicateurs de suivi adaptés aux spécificités du secteur numérique. Comment passer de l’intention à la transformation durable dans le temps ?

Kpis circulaires : taux de circularité matière et durée de vie moyenne produits

Les indicateurs clés de performance (KPIs) sont les boussoles de votre transition. Au-delà des classiques émissions de CO₂ ou consommation d’énergie, l’économie circulaire dans la tech nécessite des KPIs spécifiques : taux de circularité matière (part de contenu recyclé et recyclable dans vos produits), durée de vie moyenne des produits (chez le client et en seconde vie), taux de reprise des équipements en fin de contrat, taux de réemploi interne du matériel IT, etc.

Vous pouvez par exemple suivre l’évolution annuelle de la durée de vie moyenne d’un laptop ou d’un smartphone vendu, ou encore le pourcentage de serveurs réaffectés à un second usage avant recyclage. Ces indicateurs permettent de piloter les arbitrages entre performance commerciale, satisfaction client et sobriété des ressources. Ils servent aussi de base à la communication extra-financière et à la mobilisation interne : plus vos équipes voient concrètement les progrès réalisés, plus elles sont enclines à poursuivre et renforcer les efforts.

Reporting extra-financier CSRD appliqué au secteur numérique

Avec l’entrée en vigueur progressive de la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), les entreprises technologiques de taille significative devront publier un reporting extra-financier beaucoup plus détaillé, couvrant notamment l’utilisation des ressources, les déchets et les impacts climatiques. Pour le secteur numérique, cela inclut la consommation énergétique des datacenters, les flux de DEEE, la part de matières recyclées, mais aussi les risques liés aux matières premières critiques ou aux pratiques sociales chez les fournisseurs.

Anticiper ces exigences réglementaires en structurant dès maintenant vos données et vos processus de collecte vous donne une longueur d’avance. L’économie circulaire devient alors un fil conducteur de ce reporting : plutôt que de subir la réglementation, vous pouvez démontrer comment vos stratégies de réemploi, de reconditionnement, d’écoconception ou de cloud responsable réduisent concrètement vos impacts. Ce discours factuel et étayé rassure les investisseurs, répond aux attentes des clients et renforce votre positionnement de « tech responsable ».

Formation des équipes R&D aux principes du design régénératif

Enfin, aucune stratégie d’économie circulaire dans une entreprise technologique ne peut réussir sans l’adhésion et la montée en compétence des équipes, en particulier celles de la R&D, du produit et de l’ingénierie. Former vos concepteurs aux principes du design régénératif, c’est leur donner les outils pour aller au-delà de la simple réduction des impacts et imaginer des solutions qui restaurent ou améliorent les écosystèmes. Cela peut passer par l’intégration de matériaux biosourcés, de systèmes de récupération de chaleur, ou de fonctionnalités logicielles favorisant la sobriété d’usage.

Ces formations peuvent prendre la forme d’ateliers d’écoconception, de sessions portant sur l’ACV, de retours d’expérience d’acteurs pionniers (Fairphone, Framework, plateformes de reconditionnement) ou de collaborations avec des écoles spécialisées en RSE et économie circulaire. L’objectif est de faire évoluer le « réflexe design » : au lieu de se demander uniquement « comment rendre ce produit plus performant ? », vos équipes se demanderont aussi « comment le rendre plus durable, plus réparable, plus régénératif ? ». C’est à ce niveau culturel et organisationnel que se joue, in fine, la capacité réelle de votre entreprise technologique à appliquer durablement les principes de l’économie circulaire.