Comment les entreprises peuvent-elles accélérer la réduction des émissions de carbone grâce au numérique ?

# Comment les entreprises peuvent-elles accélérer la réduction des émissions de carbone grâce au numérique ?

La transition écologique des entreprises représente aujourd’hui un enjeu majeur qui mobilise l’ensemble des acteurs économiques. Face à l’urgence climatique et aux exigences réglementaires croissantes, les organisations cherchent des leviers d’action concrets pour diminuer significativement leur empreinte carbone. Le secteur du numérique, souvent pointé du doigt pour sa consommation énergétique, s’impose paradoxalement comme un catalyseur essentiel de cette transformation. Les technologies digitales offrent désormais des solutions innovantes pour mesurer, piloter et optimiser les émissions de gaz à effet de serre à chaque étape de la chaîne de valeur. Cette dualité du numérique – à la fois source d’impact environnemental et outil de décarbonation – impose une approche stratégique équilibrée qui conjugue sobriété numérique et exploitation intelligente des innovations technologiques pour accélérer concrètement la réduction des émissions.

Cartographie carbone et analytics : mesurer l’empreinte numérique avec précision

La première étape vers une décarbonation efficace consiste à établir une mesure précise et exhaustive des émissions de gaz à effet de serre générées par l’entreprise. Sans données fiables, aucune stratégie de réduction ne peut être véritablement pertinente. Les outils numériques de cartographie carbone ont profondément transformé cette capacité de mesure en offrant une granularité et une réactivité inédites. Ces plateformes permettent aujourd’hui de suivre en temps réel l’évolution de l’empreinte environnementale et d’identifier rapidement les zones d’action prioritaires.

Déploiement des plateformes SaaS de mesure des émissions scope 1, 2 et 3

Les solutions logicielles en mode SaaS (Software as a Service) se sont imposées comme la référence pour réaliser des bilans carbone complets et conformes aux standards internationaux. Ces plateformes couvrent l’ensemble des périmètres d’émissions : le scope 1 pour les émissions directes liées aux activités de l’entreprise, le scope 2 pour les émissions indirectes associées à la consommation énergétique, et le scope 3 qui englobe toutes les émissions indirectes de la chaîne de valeur. L’avantage majeur de ces outils réside dans leur capacité à automatiser la collecte des données provenant de multiples sources – factures énergétiques, relevés de déplacements, données fournisseurs – et à les convertir automatiquement en équivalent CO2 selon les derniers facteurs d’émission reconnus.

Ces plateformes intègrent généralement des référentiels actualisés (Base Carbone de l’ADEME, facteurs GIEC) et proposent des tableaux de bord personnalisables qui facilitent le pilotage stratégique. Vous pouvez ainsi visualiser instantanément la répartition de vos émissions par poste, par site géographique ou par unité opérationnelle, ce qui permet d’affiner considérablement votre plan d’action climatique.

Exploitation des algorithmes d’intelligence artificielle pour l’analyse des données environnementales

L’intelligence artificielle apporte une dimension prédictive et analytique particulièrement puissante dans le domaine de la décarbonation. Les algorithmes de machine learning peuvent identifier des patterns complexes dans les données d’émissions et détecter des corrélations invisibles à l’œil humain. Par exemple, ces systèmes peuvent établir des liens entre certaines pratiques opérationnelles et des pics d’émissions, suggérant ainsi des optimisations ciblées. L’IA permet également de projeter l’évolution future des

l’empreinte carbone de votre organisation en fonction de différents scénarios : croissance d’activité, évolution du mix énergétique, modifications de votre politique d’achats ou de mobilité. Concrètement, vous pouvez tester l’impact d’une généralisation du télétravail, d’un changement de flotte de véhicules ou d’un passage au cloud vert, et comparer les émissions évitées. Cette capacité de simulation permet de prioriser les investissements, de construire des trajectoires alignées avec la stratégie nationale bas-carbone et de suivre, année après année, l’écart entre vos objectifs et la réalité.

Enfin, l’IA contribue à fiabiliser les bilans en complétant ou corrigeant certaines données manquantes. En croisant plusieurs sources (factures, capteurs IoT, données publiques), les modèles sont capables d’estimer des consommations ou des émissions lorsqu’elles ne sont pas directement mesurées, tout en signalant les niveaux d’incertitude. Bien utilisée, cette intelligence artificielle ne remplace pas l’expertise humaine, mais elle la renforce et accélère considérablement la prise de décision pour réduire les émissions de carbone.

Intégration des outils ACV (analyse du cycle de vie) dans les systèmes d’information

Si le bilan carbone donne une vision globale des émissions de gaz à effet de serre, l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) permet d’aller plus loin en évaluant l’ensemble des impacts environnementaux d’un produit ou d’un service, de l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie. Intégrer des outils ACV directement dans les systèmes d’information (ERP, PLM, outils de design produit) change radicalement la façon dont les équipes conçoivent et sélectionnent leurs solutions. Au lieu d’analyser un projet une fois terminé, vous pouvez désormais quantifier les impacts environnementaux dès la phase de conception et comparer plusieurs options en temps réel.

Concrètement, des modules ACV connectés à vos bases de données produits vont automatiquement associer à chaque composant des facteurs d’impact : émissions de CO₂, consommation d’eau, épuisement des ressources, etc. Lorsqu’un ingénieur modifie un matériau, change un fournisseur ou ajuste une méthode de fabrication, le système met à jour instantanément le profil environnemental de l’offre. Vous disposez ainsi d’un véritable “GPS environnemental” qui guide les choix de conception vers des configurations moins carbonées, sans sacrifier la performance ou le coût.

Cette intégration de l’ACV aux outils métiers facilite aussi le dialogue entre les directions RSE, achats, production et marketing. Chacun voit précisément où se situent les principaux postes d’impact – souvent la fabrication et la logistique – et peut identifier les leviers les plus efficaces : allongement de la durée de vie, réduction de la masse, choix de matériaux recyclés, localisation de la production, etc. À terme, cette approche contribue à ancrer la pensée cycle de vie dans la culture de l’entreprise, condition indispensable pour une décarbonation profonde et durable.

Automatisation de la collecte des données ESG via les API et connecteurs IoT

La fiabilité d’un reporting carbone repose sur la qualité des données collectées. Or, dans de nombreuses entreprises, cette collecte reste encore largement manuelle, chronophage et source d’erreurs. L’automatisation via des API et des connecteurs IoT permet de passer à une échelle industrielle et d’alimenter en continu vos indicateurs ESG. Capteurs de consommation énergétique, systèmes de gestion technique du bâtiment (GTB), solutions de suivi de flotte ou d’achats… autant de sources de données qui peuvent être connectées à votre plateforme carbone.

Par exemple, des capteurs intelligents installés sur vos compteurs électriques, vos groupes froids ou vos chaudières remontent en temps réel la consommation d’énergie de vos sites. Couplées à des API fournisseurs (énergie, transport, logistique), ces informations sont automatiquement converties en émissions de CO₂ et agrégées dans vos tableaux de bord. Vous réduisez ainsi le temps passé à collecter et ressaisir les données, tout en améliorant la précision et la fréquence de vos analyses.

Cette automatisation ouvre aussi la voie à un pilotage opérationnel beaucoup plus fin. Plutôt que d’attendre la fin de l’année pour découvrir votre empreinte carbone, vous pouvez suivre l’impact de vos actions semaine après semaine : réglages d’horaires de chauffage, optimisation des tournées de livraison, bascule vers des transports bas-carbone, etc. La donnée ESG devient alors un véritable outil de management, intégré aux rituels de performance des équipes, et non plus un exercice de conformité ponctuel.

Green IT et écoconception logicielle pour réduire l’impact environnemental

Si le numérique permet de réduire les émissions de carbone dans de nombreux secteurs, il possède aussi sa propre empreinte environnementale. En France, le numérique représente déjà entre 2,5 % et 4,4 % de l’empreinte carbone, avec une croissance rapide. Adopter une stratégie de Green IT et d’écoconception logicielle est donc indispensable pour que vos solutions digitales soient réellement au service de la transition écologique, et non l’inverse. La bonne nouvelle ? Il existe désormais des référentiels, des labels et des pratiques éprouvées pour concevoir des services numériques plus sobres.

Optimisation du code source selon les principes du green code label

L’optimisation du code n’est plus seulement un enjeu de performance technique, c’est aussi un levier de réduction des émissions. Un logiciel plus léger consomme moins de ressources processeur, de mémoire et de bande passante, ce qui se traduit directement par une baisse de la consommation énergétique côté terminaux, serveurs et réseaux. Les référentiels comme le Green Code Label ou les guides d’écoconception de services numériques proposent des bonnes pratiques concrètes que vos équipes de développement peuvent appliquer au quotidien.

Parmi ces principes, on retrouve par exemple la limitation des boucles coûteuses, la réduction du nombre de requêtes vers le serveur, l’optimisation des requêtes bases de données, la suppression des dépendances inutiles ou encore la compression systématique des ressources statiques. Sur le front-end, la sobriété graphique (moins d’animations superflues, images adaptées à l’usage, vidéos en résolution optimisée) permet de diminuer fortement le poids des pages web et des applications mobiles. À la clé, vous améliorez l’empreinte carbone numérique, mais aussi l’expérience utilisateur, avec des temps de chargement plus courts.

Pour ancrer ces pratiques, de plus en plus d’entreprises intègrent des critères Green IT dans leurs revues de code, leurs pipelines CI/CD et leurs cahiers des charges. Des outils d’analyse peuvent mesurer automatiquement la consommation de ressources d’une application et alerter en cas de dérive. En faisant de la sobriété numérique un critère de qualité au même titre que la sécurité ou la performance, vous transformez durablement vos pratiques de développement.

Architecture cloud-native et stratégies de containerisation avec kubernetes

Au-delà du code, l’architecture logicielle joue un rôle majeur dans l’empreinte carbone des systèmes d’information. Les approches cloud-native, basées sur la containerisation (Docker) et l’orchestration (Kubernetes), permettent d’optimiser l’utilisation des ressources en ajustant dynamiquement la capacité aux besoins réels. Plutôt que de laisser tourner des serveurs surdimensionnés et sous-utilisés, vous pouvez scaler automatiquement vos services en fonction du trafic et arrêter les ressources inutiles en dehors des pics d’activité.

Cette élasticité, combinée à une bonne stratégie de rightsizing, réduit significativement le gaspillage énergétique. Par exemple, des pods Kubernetes peuvent être automatiquement mis en veille ou supprimés lorsqu’ils ne sont plus nécessaires, tandis que les tâches de calcul intensif sont planifiées à des moments où l’énergie est moins carbonée. De plus, la mutualisation des ressources au sein de clusters partagés améliore le taux d’utilisation global et limite le besoin de déployer de nouveaux serveurs physiques.

Cependant, le simple passage au cloud ou à Kubernetes ne garantit pas une réduction des émissions de carbone. Sans gouvernance, la facilité de déploiement peut au contraire encourager une inflation des services et des environnements. Il est donc essentiel de définir des guardrails : quotas par projet, politiques d’arrêt automatique, revue régulière des ressources orphelines, et choix d’hébergeurs engagés dans une stratégie de décarbonation (énergie renouvelable, indicateurs PUE publiés, plans d’efficacité énergétique). Ainsi, l’architecture cloud-native devient un véritable levier de Green IT, et pas seulement un outil d’agilité.

Mise en œuvre des PUE (power usage effectiveness) dans les datacenters

Les datacenters concentrent une part croissante de l’empreinte carbone du numérique, principalement liée à leur consommation électrique. L’indicateur Power Usage Effectiveness (PUE) permet de mesurer l’efficacité énergétique d’un centre de données en comparant l’énergie totale consommée au sein du site à celle réellement utilisée par les équipements informatiques. Un PUE proche de 1 indique une très bonne efficacité, tandis qu’un PUE élevé traduit des pertes importantes, souvent liées au refroidissement ou aux équipements annexes.

En suivant et en optimisant le PUE de vos datacenters – internes ou externalisés – vous disposez d’un levier direct pour réduire les émissions de carbone associées à vos services numériques. Les actions possibles sont nombreuses : amélioration de la circulation d’air, confinement des allées chaudes et froides, recours au free cooling, modernisation des groupes froids, ajustement de la température cible, ou encore utilisation de technologies de refroidissement liquide. Chaque point de PUE gagné représente des économies d’énergie substantielles à l’échelle d’un parc de serveurs.

Pour aller plus loin, certaines organisations complètent le PUE par d’autres indicateurs, comme le Water Usage Effectiveness (WUE) ou le Carbon Usage Effectiveness (CUE), afin de prendre en compte l’ensemble des impacts environnementaux des datacenters. En dialoguant avec vos fournisseurs d’hébergement sur ces indicateurs et en les intégrant à vos critères de sélection, vous orientez le marché vers des infrastructures réellement compatibles avec la décarbonation.

Adoption des serveurs basse consommation et processeurs ARM pour les infrastructures

La réduction des émissions de carbone passe aussi par le choix d’équipements informatiques plus sobres. Depuis quelques années, les architectures ARM – traditionnellement utilisées dans les smartphones – s’imposent progressivement dans les serveurs grâce à leur excellente efficacité énergétique. À puissance de calcul équivalente, un serveur ARM consomme souvent moins d’énergie qu’un serveur x86 classique, ce qui se traduit par une baisse des émissions, mais aussi des coûts d’exploitation.

Pour les entreprises qui exploitent des workloads adaptés (microservices, traitements parallélisables, applications cloud-native), migrer une partie de leurs services vers des serveurs basse consommation peut donc constituer un levier de décarbonation rapide. Cette stratégie doit cependant être préparée : compatibilité des applications, optimisation des conteneurs, tests de performance… Comme pour tout projet de transformation IT, il est pertinent de commencer par un proof of concept sur un périmètre limité avant d’industrialiser la démarche.

Au-delà des processeurs, une politique d’achats responsable pour l’ensemble de vos infrastructures (serveurs, baies de stockage, équipements réseaux) reste essentielle. Indice de réparabilité, présence de matériaux recyclés, garanties de durée de vie, engagement du constructeur en matière de recyclage : autant de critères qui, cumulés, contribuent à réduire l’empreinte carbone numérique de votre système d’information sur tout son cycle de vie.

Transformation des chaînes logistiques par la blockchain et l’IoT industriel

La logistique et le transport représentent souvent une part majeure du bilan carbone des entreprises, en particulier dans l’industrie, le commerce et la distribution. Le numérique offre ici des leviers puissants pour décarboner la chaîne de valeur, à condition de les utiliser avec discernement. Blockchain, IoT industriel, jumeaux numériques : ces technologies, bien qu’exigeantes en données et en calcul, peuvent générer des gains d’efficacité qui compensent largement leur propre empreinte, à l’image d’un système de navigation qui permet d’éviter les détours inutiles.

Traçabilité carbone en temps réel via les solutions blockchain ethereum et hyperledger

La traçabilité carbone des produits et des flux logistiques devient un enjeu stratégique, à la fois pour répondre aux exigences réglementaires (CSRD, taxonomie européenne) et pour satisfaire des consommateurs de plus en plus attentifs à l’impact environnemental de leurs achats. Les technologies blockchain, qu’il s’agisse de réseaux publics (Ethereum, avec des mécanismes de consensus désormais moins énergivores comme la preuve d’enjeu) ou de réseaux privés/permissionnés (Hyperledger), permettent de sécuriser et de partager ces informations de manière transparente entre tous les acteurs de la chaîne.

En enregistrant dans la blockchain les principales étapes d’un produit – extraction, transformation, transport, distribution – ainsi que les émissions associées à chaque maillon, vous construisez un “passeport carbone” infalsifiable. Chaque partenaire (fournisseur, transporteur, distributeur) dépose ses données, qui sont horodatées et vérifiées, ce qui limite les risques de greenwashing et facilite les audits. Pour l’entreprise, cette visibilité accrue permet d’identifier les segments les plus émetteurs et de cibler les actions : changement de mode de transport, relocalisation de la production, choix de fournisseurs moins carbonés, etc.

Bien sûr, une blockchain mal conçue peut elle-même être énergivore. Il est donc essentiel de choisir des plateformes et des protocoles adaptés, de privilégier les réseaux à faible consommation et de limiter les données stockées “on-chain” en recourant à des solutions hybrides (stockage des données détaillées hors chaîne, ancrage des preuves dans la blockchain). Utilisée avec ces précautions, la blockchain devient un puissant outil de confiance au service de la réduction des émissions de carbone dans la supply chain.

Réseaux de capteurs connectés pour l’optimisation des flux de transport

Les objets connectés (IoT) transforment déjà la façon dont les entreprises gèrent leurs flux de transport. Capteurs GPS, sondes de température, accéléromètres, compteurs d’énergie embarqués : ces dispositifs remontent en temps réel des données précieuses sur les véhicules, les marchandises et les infrastructures. Exploitées correctement, ces informations permettent de réduire les kilomètres à vide, d’optimiser les tournées, d’améliorer le taux de remplissage et de favoriser les modes de transport les moins carbonés.

Par exemple, un réseau de capteurs installé sur une flotte de camions peut suivre la consommation de carburant, le style de conduite, les temps de pause et les trajets réellement effectués. Couplés à des algorithmes d’optimisation, ces données permettent de proposer des itinéraires plus courts, d’éviter les zones de congestion ou de mutualiser les livraisons entre plusieurs clients. À la clé, des réductions d’émissions significatives, souvent de l’ordre de 10 à 20 %, sans changement majeur d’infrastructure.

Dans les entrepôts, l’IoT permet également d’ajuster l’éclairage, le chauffage ou la climatisation en fonction de la présence réelle, de suivre le fonctionnement des chariots élévateurs électriques ou d’anticiper la maintenance des équipements. Comme toujours avec les technologies connectées, la sobriété reste de mise : mieux vaut déployer quelques capteurs bien utilisés qu’une multitude de dispositifs générant des données non exploitées. La règle d’or ? Chaque capteur devrait avoir un cas d’usage carbone clair et mesurable.

Jumeaux numériques (digital twins) appliqués à la gestion des stocks et des flux

Les jumeaux numériques sont des répliques virtuelles d’actifs physiques (usines, entrepôts, réseaux logistiques) alimentées en temps réel par les données opérationnelles. Ils permettent de simuler le comportement d’un système, de tester différents scénarios et d’optimiser les décisions sans perturber l’activité réelle. Appliqués à la supply chain, les digital twins deviennent de formidables outils pour réduire les émissions de carbone tout en améliorant le niveau de service.

Imaginons un jumeau numérique de votre réseau logistique intégrant les sites de production, les entrepôts, les plateformes de cross-docking et les points de vente. En y intégrant les données de demande, de capacité, de coûts et d’émissions, vous pouvez comparer des scénarios de réorganisation : regrouper certains entrepôts, rapprocher les stocks des clients finaux, modifier les fréquences de livraison, basculer une partie des flux vers le rail ou le fluvial, etc. Chaque scénario est évalué selon plusieurs critères – coût, délai, empreinte carbone – ce qui vous aide à trouver le meilleur compromis.

Au quotidien, le jumeau numérique peut aussi aider à ajuster finement les stocks pour éviter les surstocks et les ruptures, deux sources de gaspillage et de transports supplémentaires. En réduisant les marges de sécurité excessives et en améliorant la précision des prévisions, vous diminuez indirectement les émissions liées à la production et au transport de produits inutiles. Comme souvent, la décarbonation rejoint ici la logique d’excellence opérationnelle : moins de gaspillage, plus de valeur pour le client, et moins d’impact pour la planète.

Intelligence artificielle prédictive pour l’efficacité énergétique opérationnelle

L’un des atouts majeurs du numérique pour accélérer la réduction des émissions de carbone réside dans la capacité de l’intelligence artificielle prédictive à optimiser en continu les consommations d’énergie des bâtiments, des usines et des équipements. Là où les réglages se faisaient autrefois “à l’aveugle” ou sur la base de moyennes, l’IA permet aujourd’hui d’anticiper les besoins heure par heure et d’ajuster automatiquement les consignes pour concilier confort, performance et sobriété.

Dans les bâtiments tertiaires, par exemple, des algorithmes de prédiction peuvent croiser la météo, l’occupation des locaux, les historiques de consommation et les caractéristiques techniques pour piloter de façon dynamique le chauffage, la climatisation ou la ventilation. En évitant les surchauffes et les écarts inutiles, ces systèmes permettent souvent de réduire la consommation de 15 à 30 %, sans investissement lourd sur l’enveloppe du bâtiment. De même, dans l’industrie, la maintenance prédictive des moteurs, compresseurs ou systèmes de pompage évite les dérives de performance énergétique et les pannes coûteuses.

Cette approche prédictive peut aussi être appliquée à la planification de la production, en adaptant les horaires des procédés les plus énergivores aux périodes où l’électricité est la moins carbonée (heures creuses, forte production renouvelable). À l’échelle d’un portefeuille de sites, vous pouvez ainsi lisser vos consommations, diminuer la puissance souscrite, et réduire votre contribution aux pointes de demande, souvent alimentées par des centrales fossiles. Comme pour tout projet d’IA, la clé réside dans la qualité des données, la gouvernance et la formation des équipes, afin que les recommandations des modèles soient comprises et appropriées par les opérationnels.

Plateformes collaboratives et télétravail : réduction des déplacements professionnels

Les déplacements professionnels – trajets domicile-travail, missions, réunions inter-sites – constituent un poste significatif du scope 3 pour de nombreuses entreprises. La généralisation des plateformes collaboratives (visioconférence, outils de co-édition, messageries d’équipe) et du télétravail offre une opportunité majeure de réduire ces émissions, à condition d’adopter une démarche structurée. L’objectif n’est pas de supprimer toute rencontre physique, mais de réserver les déplacements aux moments où ils créent le plus de valeur.

En combinant des outils de visioconférence sobres (caméra coupée lorsque ce n’est pas nécessaire, absence de partage d’écran superflu) avec des espaces de travail partagés dans le cloud, les équipes peuvent mener à bien la plupart de leurs projets sans se déplacer systématiquement. Des politiques de mobilité repensées – incitation au train plutôt qu’à l’avion, mutualisation des déplacements, limitation des réunions en présentiel de courte durée – viennent compléter ce dispositif numérique. De nombreuses entreprises observent ainsi une baisse durable des émissions liées aux voyages d’affaires, parfois supérieure à 30 % par rapport à la période pré-Covid.

Le télétravail, lorsqu’il est encadré et soutenu par des outils adaptés, permet également de réduire les émissions domicile-travail, notamment dans les zones où l’usage de la voiture individuelle est dominant. Attention toutefois à ne pas transférer les impacts du bureau vers le domicile sans les mesurer : chauffage, climatisation, équipements informatiques. Là encore, le numérique peut aider, via des simulateurs et des guides de bonnes pratiques, à accompagner les collaborateurs vers des usages responsables : paramétrage des équipements en mode économie d’énergie, choix d’équipements reconditionnés, connexion en Wi-Fi plutôt qu’en 4G, etc.

Économie circulaire numérique et prolongation du cycle de vie des équipements IT

Enfin, aucune stratégie de décarbonation portée par le numérique ne peut ignorer la réalité matérielle qui se cache derrière nos écrans : extraction de ressources, fabrication des équipements, transport, fin de vie. On estime que 70 à 80 % de l’empreinte carbone d’un équipement IT (ordinateur, smartphone, tablette) est émise avant même sa première mise en service. Allonger la durée de vie des terminaux et adopter une logique d’économie circulaire numérique est donc l’un des leviers les plus puissants pour réduire les émissions de carbone de votre système d’information.

Concrètement, cela passe d’abord par une politique d’achats plus sobre : acquérir du matériel réellement adapté aux besoins, privilégier les équipements reconditionnés lorsque c’est possible, intégrer des critères d’indice de réparabilité et de robustesse dans vos appels d’offres. En entreprise, passer de 3 à 5 ans de durée d’usage pour un ordinateur peut réduire de près de 50 % son impact annuel, sans dégrader la productivité, à condition de prévoir des opérations de maintenance, des mises à jour logicielles maîtrisées et des dispositifs de protection (housses, coques, formations aux bons usages).

En fin d’usage, plutôt que de stocker les équipements dans un placard ou de les envoyer directement au rebut, il est essentiel de s’appuyer sur des filières de réemploi, de reconditionnement et de recyclage. Don, revente à des acteurs de l’économie sociale et solidaire, contrats de reprise avec vos fournisseurs, programmes de “device as a service” intégrant la reprise en fin de contrat : les modèles ne manquent pas pour donner une seconde vie à vos équipements et réduire la demande de nouveaux produits. Les métaux rares, l’eau et l’énergie économisés lors de la fabrication se traduiront, à grande échelle, par une baisse réelle des émissions de gaz à effet de serre.

En articulant ces différentes dimensions – mesure précise de l’empreinte carbone, Green IT, optimisation des chaînes logistiques, IA prédictive, nouveaux modes de travail et économie circulaire numérique – les entreprises peuvent faire du numérique un véritable accélérateur de leur trajectoire de décarbonation. La condition clé : placer la sobriété au cœur de la démarche et utiliser la technologie non pas pour faire toujours plus, mais pour faire mieux, avec moins de ressources et moins d’émissions.